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Protégeons la biodiversité menacée des Outre-mer
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16 espèces d’oiseaux prioritaires et 4 ZICO identifiées à Saint-Martin 

En novembre 2022, la LPO France faisait appel à Vincent LEMOINE, expert ornithologue dans les Antilles pour une mission d’inventaire et d’acquisition de connaissances dans le but de hiérarchiser des zones à enjeu sur l’île en collaboration avec la Réserve Naturelle Nationale de Saint-Martin. Retour sur ces 4 mois de mission et sur les conclusions de ces travaux.
Vincent LEMOINE sur le terrain – AGRNSM

 

L’avifaune de Saint-Martin

Les connaissances disponibles sur l’avifaune concernent principalement les oiseaux d’eau et marins et très peu de données avaient été récoltées sur les oiseaux « terrestres ». L’un des objectifs de la mission était donc d’effectuer une liste des espèces d’oiseaux présentes sur l’île, principalement en partie française.

L’avifaune de l’île de Saint-Martin est peu diversifiée en espèces sédentaires (59 dont 14 exotiques). Aucune espèce d’oiseau n’est endémique stricte et seulement 8 espèces à répartition restreinte (endémique des Petites Antilles ou endémique de la Caraïbe) sont présentes. L’avifaune est surtout représentée par des espèces migratrices qui fréquentent l’île pendant leur halte migratoire et en hivernage pour les oiseaux d’eau et les passereaux, ainsi que pour la reproduction pour les oiseaux marins.

Des espèces d’oiseaux déterminantes

Grâce à cette mission, 16 espèces d’oiseaux ont été identifiées comme déterminantes sur la partie française car sédentaires, migratrices nicheuses ou présentant des effectifs reproducteurs à Saint-Martin et dans le banc d’Anguilla : le Canard des Bahamas (Anas bahamensis), l’Érismature rousse (Oxyura jamaicensis), la Colombe à croissants (Geotrygon mystacea), le Colibri madère (Eulampis jugularis), le Foulque d’Amérique (Fulica americana), l’Échasse d’Amérique (Himantopus mexicanus), l’Huîtrier d’Amérique (Haematopus palliatus), le Gravelot neigeux (Charadrius nivosus), le Gravelot de Wilson (Charadrius wilsonia), le Noddi brun (Anous stolidus), la Petite Sterne (Sternula antillarum), le Phaéton à bec jaune (Phaethon lepturus), le Phaéton à bec rouge (Phaethon aethereus), la Grande Aigrette (Ardea alba), l’Aigrette neigeuse (Egretta thula) et le Moqueur grivotte (Allenia fusca).

Ces espèces ont été identifiées comme déterminantes car elles possèdent toutes un statut de conservation défavorable (CR, EN, VU ou NT) sur la liste rouge mondiale de l’UICN ou sur des listes rouges régionales.

De plus, certaines de ces espèces sont également endémiques des Petites Antilles ou de la Caraïbe et possèdent en plus une aire de répartition restreinte avec une abondance faible au sein du Banc d’Anguilla ou sur Saint-Martin.

Le critère « zone de reproduction restreinte », réduite et localisée à Saint-Martin ou au niveau du Banc d’Anguilla a également été considéré pour classer ces espèces comme déterminantes. Enfin, le critère « espèces résidentes ou migratrices formant de grands rassemblements à Saint-Martin » a également contribué à l’identification de ces espèces.

Mais fortement menacées

La menace la plus importante pèse sur leurs habitats qui sont limités sur l’île. L’île de Saint-Martin a une superficie de 93 km² et la partie française ne couvre que 53 km². Sur le littoral, la pression foncière est très importante et anarchique, pour l’instant les mornes sont relativement épargnés. La grande majorité du territoire appartient à des privés et très peu de zones sont protégées. Sans oublier que l’île est située sur le parcours régulier de cyclones dévastateurs pour la faune, la flore et leurs habitats.

Phaéton à bec rouge – Tristan Nitot

Des zones à enjeux à protéger

L’un des objectifs majeurs de cette mission résidait dans l’identification de zones à enjeux pour la conservation des oiseaux, nommées ZICO (Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux) ou IBA (Important Bird Area) en anglais.

A Saint-Martin, la structure EPIC (Environnemental Protection in the Caribbean) avait déjà identifié en 2008, 3 IBAs sur la partie française et 5 en partie néerlandaise.   Cependant, cette classification avait été réalisée en utilisant des critères mondiaux et non communautaires, contrairement à ce qui a été réalisé dans le cadre du LIFE BIODIV’OM.

Ainsi, à la suite de cette mission, 4 ZICO ont été proposés par Vincent Lemoine sur la partie française :

  1. Les hauteurs des mornes centraux de Saint-Martin

Les mornes centraux de Saint-Martin (Pic Paradis, Mont Caréta, Montagne France et Flagstaff) culminent entre 350 m et 424 m et forment une continuité de végétation forestière. Aucune partie de ce massif forestier n’a de statut de protection. Les terrains appartiennent à des personnes privées ou des associations/groupements.

Ces mornes hébergent les huit espèces d’oiseaux sub-endémiques présentes à Saint-Martin, dont trois sont des espèces d’oiseaux déterminantes à Saint-Martin (Colombe à croissants, Colibri madère et Moqueur grivotte) ainsi qu’un cortège important d’espèces de passereaux migrateurs hivernants ou en halte migratoire (une quinzaine d’espèces de parulines migratrices). Le pic Paradis, le morne central de ce massif forestier, a déjà été désigné comme IBA, sa richesse avifaunistique étant déjà bien connue depuis des années.

Recommandations : Il est primordial de protéger les hauteurs de ces mornes à partir d’une altitude avoisinant les 250 mètres afin d’empêcher tout défrichement du massif forestier et de mettre en place des actions de protection contre les menaces actuellement identifiées (espèces exotiques envahissantes, chasse, pression agricole et immobilière).

Mornes centraux – Vincent Lemoine
  1. La falaise aux oiseaux

La falaise aux Oiseaux se situe au nord des Terres-Basses et s’étend sur environ 1,3 km de long. Sa hauteur varie de 10 à 40 m. Son seul intérêt avifaunistique réside dans la nidification de deux espèces de Phaétons qui sont déterminantes pour Saint-Martin : le Phaéton à bec rouge et le Phaéton à bec jaune. Malgré un faible nombre de couples historiquement connu sur ce site, les récentes observations attestent de la présence de davantage d’individus. Ainsi, en janvier 2023, une quinzaine de Phaétons à bec rouge a été observée. Aucune observation de la seconde espèce n’a été rendue possible, du fait d’une période de suivi peu propice à sa reproduction.

Recommandations : Effectuer de nouveaux suivis sur ce site lorsque la saison sera propice à la nidification du Phaéton à bec jaune. Il est également nécessaire de protéger ces falaises de toute atteinte physique (rejets d’eaux usées, construction de propriétés et piscines privées et d’escaliers en contrebas, nuisances sonores et lumineuses) compte tenu du fait qu’il s’agit du deuxième site en termes d’importance de couples nicheurs du Phaéton à bec rouge sur l’île.

Falaise aux oiseaux – Vincent Lemoine
  1. Le réseau de zones humides

En 2008, EPIC n’avait identifié en ZICO que le site du Grand étang, une lagune de 18 ha. Son intérêt ornithologique principal consistait en un site de reproduction pour la Petite Sterne, le Gravelot de Wilson ainsi que 5 espèces subendémiques à répartition restreinte.

Cependant, la Petite sterne et le Gravelot de Wilson ne nichent pas uniquement sur cet étang, il est donc logique de considérer le réseau de zones humides de l’île comme une même ZICO, les oiseaux ne nichant pas annuellement sur les secteurs.

Neuf des espèces d’oiseaux considérées déterminantes pour Saint-Martin fréquentent et nichent d’ailleurs au sein de ce réseau, sans compter qu’un total de 109 oiseaux d’eau a été observé lors de cette mission sur l’île de Saint-Martin, pour un minimum de 86 espèces en partie française.

Recommandations : Les zones humides côtières françaises de Saint-Martin (215 ha) sont protégées par un Arrêté Préfectoral de Protection (APPB) depuis 2006. Néanmoins la chasse n’y est pas interdite (à l’exception des zones classées en réserve naturelle nationale) et même si l’activité reste peu pratiquée sur l’île, il serait préférable de modifier cet APPB, en introduisant un article « interdisant la chasse ».

Étang Guichard – Vincent LEMOINE
  1. L’îlet Tintamarre.

L’îlet Tintamarre a une surface de 100 ha et est situé à environ 3 km au nord-est de l’île de Saint-Martin. Ses côtes sont rocheuses et sableuses. Ses façades nord et est sont composées de falaises atteignant presque 35 m de haut par endroit.

Identifié comme IBA par EPIC, il constitue un important site de nidification pour certaines espèces d’oiseaux comme le Phaéton à bec rouge, le Noddi brun, l’Huitrier d’Amérique et la Petite sterne. D’autres espèces déterminantes s’y reproduiraient de temps à autre, le Puffin d’Audubon, le Sterne bridée et la Sterne de Dougall.

Recommandations : Continuer la mise en place d’action de gestion déployée par l’AGRNSM comme la lutte contre les espèces exotiques envahissantes prédatrices des oiseaux sur l’île comme le rat et étendre les restrictions concernant la chasse à la partie centrale de l’ile, non-classé en réserve naturelle nationale.

Îlet Tintamarre – Florent BIGNON/LPO

Pour en savoir plus, retrouvez l’interview de Vincent LEMOINE ici !