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Protégeons la biodiversité menacée des Outre-mer
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Finalisation et standardisation du protocole de suivi des Crabiers blancs nicheurs à Mayotte

Depuis 2010, le Groupe d’Études et de Protection des Oiseaux de Mayotte suit sur le territoire la population de héron Crabier blanc, l’oiseau le plus menacé de l’île. Grâce à la multiplication de ses actions, aux avancées technologiques et à un effort d’optimisation des méthodes, l’association possède aujourd’hui un protocole standardisé pour estimer à long terme et avec fiabilité l’évolution de la population nicheuse de Crabiers blancs sur le territoire.
Héronnière en mangrove – DroneGo

Un comptage pas si facile

Durant la saison de reproduction à Mayotte, d’octobre à mars, les Crabiers blancs se rassemblent dans des colonies mixtes, nommées héronnières, à la cime des palétuviers. Ces colonies sont principalement partagées avec les Hérons garde-bœufs. Depuis 2010, l’association GEPOMAY suit et recense ces populations nicheuses.

Le GEPOMAY recense à ce jour les populations nicheuses de Crabiers blancs par photographie aérienne et décomptes des nids actifs. Le protocole de suivi est cependant soumis à des biais pouvant mener à une sous-estimation des populations nicheuses comme l’orientation du drone pouvant dissimuler certains nids derrière des branchages ou la luminosité qui peut empêcher l’identification de l’espèce présente sur le nid. Certains nids sont alors non repérables ou non identifiables comme actifs lors du photo-comptage.

Durant la saison de reproduction 2021-2022 et en parallèle du suivi classique, de nouveaux protocoles ont donc été expérimentés pour corriger ces biais.

Une nouvelle technique plus précise !

La présence d’individus Crabiers blancs sur leurs nids étant très variable d’un jour à un autre, tout au long de la saison de reproduction ; il a été décidé d’utiliser une méthode statistiquement adaptée : la méthode de Capture-Marquage-Recapture permet de réduire les biais d’estimation d’abondance. Différents modèles de CMR ont été testés statistiquement puis comparés pour conclure sur l’estimation la plus juste possible des populations.

La mise en place d’un protocole expérimental de suivi des couples nicheurs a porté ses fruits pour la saison 2021-2022 : l’ancien protocole comptabilise 325 couples reproducteurs contre une estimation de 415 couples avec la CMR !

Cette méthode innovante réalisée sur les nids actifs et sur photographie aérienne permet donc d’augmenter la précision du photo-comptage en estimant les nids actifs non comptabilisés. Le protocole mis au point par le CEFE et le GEPOMAY est de plus non-invasif, donc sans dérangement des individus, et standardisé, c’est-à-dire réplicable d’année en année et sur d’autres colonies d’Ardéidés.

Un protocole en plusieurs étapes

  • Prospection des colonies

En début de saison de reproduction un survol des mangroves de l’île en ULM permet de repérer les colonies actives à suivre. Un vol de contrôle est également réalisé en milieu de saison pour détecter de potentiels abandons de colonie, déplacements ou créations tardives de nouvelles colonies.

  • Suivi drone

Les survols d’une colonie par drone sont réalisés 10m au-dessus de la canopée, lors de sessions régulières et selon un plan de vol bien déterminé. Les sessions comprennent sont obligatoirement réalisées sur trois jours consécutifs. Selon la taille de la colonie et pour recouvrir toute la zone d’étude, entre 10 et 100 photographies sont prises par survol.

  • Photo-montage

Après un travail de tri des photographies, les clichés sélectionnés pour chaque survol sont assemblés sur ordinateur pour obtenir un panorama de l’ensemble de la héronnière à un jour J. L’assemblage peut être automatique par détection de points de coïncidence grâce à un logiciel ou manuel si la détection est impossible.

  • Photo-comptage

Sur les panoramas sont pointés et comptés : tous les Crabier blancs reconnus (adulte /immature/juvénile), les nids actifs et les individus non identifiables.

  • CMR

Les nids actifs sont comptabilisés sur chaque panorama et la session de trois jours comportant le plus de nids actifs est choisie pour l’analyse CMR. Sur le panorama du premier jour, chaque nid actif identifié est marqué d’un numéro unique (Captures-Marquages). Sur les panoramas des deux jours suivants, chaque nouvelle identification d’un nid actif entraîne un marquage (Recaptures-Marquages).

Chaque nid ayant été identifié comme actif sur au moins l’une des trois journées possède donc un marquage différent. L’analyse CMR permet d’estimer combien de nids actifs n’auraient pas pu être détectés la veille ou le lendemain et donc estimer le nombre de nids actifs réels au sein de la colonie en palliant les biais d’observateur.

Application de la CMR sur un panorama aérien : on distingue la superposition des pointages réalisés sur les 3 jours d’une session grâce au logiciel QGis :

  • Rouge : Nid repéré actif au J1
  • Orange : Nid repéré actif au J2
  • Jaune : Nid repéré actif au J3
  • Étoiles numérotées : Marquage unique sur chaque nid actif

Les Hérons garde-bœufs ne sont pas pointés.

Un nid actif correspond à un couple donc deux individus reproducteurs : on estime donc, pour la saison de reproduction 2021-2022, 830 Crabiers blancs reproducteurs parmi les cinq héronnières de notre île.

En parallèle des actions de protection, la conservation d’une espèce nécessite de suivre l’évolution donc la tendance de ses populations. Les tendances de population permettent de visualiser l’abondance d’une population d’une année sur l’autre. Grâce à ce protocole standardisé et comparable d’année en année, la saison 2021-2022 est donc considérée comme la saison de référence pour modéliser une tendance des populations de Crabiers blancs à Mayotte.

En estimant la dynamique des populations de Crabiers blancs à Mayotte, il sera possible d’évaluer les impacts des actions de protection mise en place dans le cadre du Plan National d’Actions et du Life BIODIV’OM. Cette espèce étant considérée comme une espèce parapluie, sa gestion et sa protection par le GEPOMAY permettent également d’agir positivement sur ses milieux et les autres espèces qui y sont inféodées.