Menu
Protégeons la biodiversité menacée des Outre-mer
28%

Les savanes de Guyane : importance culturelle et sociale, biodiversité et défis de conservation

En janvier 2020, un nouvel article scientifique publié dans Tropical Conservation Science (en anglais) résume les connaissances actuelles sur l’importance culturelle et sociale, mais également sur l’écologie des savanes guyanaises. Afin de valoriser cet article, nous vous offrons un résumé de cette publication en français.

Les savanes tropicales

Paysage de savane africaine

Les savanes tropicales s’étendent sur 15 à 24,6 millions de km² en Amérique du Sud, en Asie ainsi qu’en Afrique. Des populations locales vivent et subsistent grâce à ces écosystèmes mais une utilisation déraisonnée a mené à la dégradation de ces savanes et entrainé une perte de leur biodiversité ainsi que des services dont les Hommes tirent profit.

Les savanes de Guyane

Paysage de savanes guyanaises © Dewinter / BIOTOPE

97% de la Guyane est recouverte par l’une des forêts tropicales les mieux préservées de la planète, faisant l’objet d’un intérêt scientifique mondial. Les savanes guyanaises, quant à elles, ne couvrent que 0,3% du territoire (ou 251 km²) et se situent sur ses plaines côtières, où sont également 95% de la population et des infrastructures. Malgré cela, les savanes de Guyane ne font l’objet que de très peu de recherches scientifiques et ne sont d’ailleurs pas mentionnées dans la plupart des articles rédigés sur les savanes amazoniennes tropicales. Pourtant, ces travaux de recherche sont nécessaires afin de mieux caractériser leur distribution géographique, leur superficie, leurs menaces et les usages historiques et actuels de ces écosystèmes.

Importance culturelle et utilisation humaine

Les Hommes ont utilisé les savanes depuis des millénaires, d’abord durant l’époque Précolombienne, du VIIème au XVIème siècle où l’agriculture était appliquée par les amérindiens qui peuplaient le littoral et transformaient les savanes en champs surélevés. A partir du 18ème siècle, les petites habitations créoles font leur apparition dans ces paysages ouverts où les habitants pratiquaient l’élevage jusque dans les années 50. La population créole vit alors dans des maisons dispersées, construites en bordure de savanes où plusieurs activités et espaces complémentaires rendent ces habitations quasi autosuffisantes.

Dans les années 70, le gouvernement français a mis en œuvre un plan de développement appelé Plan vert, aidant les agriculteurs à s’installer dans des zones présentant des savanes et engageant une modification des pratiques agricoles notamment sur le bétail désormais placé dans des parcelles clôturées et privées sur des pâturages plus intensifs.  Ce nouveau système d’utilisation des terres s’oppose à l’usage communautaire des terres réalisée dans le passé et impacte les modes de vie des communautés créoles et amérindiennes qui exploitent pour certains encore ces écosystèmes au travers de la pêche, la cueillette et l’agriculture.

Importance écologique et biodiversité

Tyranneau barbu © Sylvain Uriot (savanes.fr)

Comme les autres savanes amazoniennes, celles de Guyane sont composées d’un complexe de plusieurs habitats naturels. Les champs surélevés créés par l’Homme sont sûrement une des raisons de ces variations améliorant ainsi la biodiversité locale. En effet, les savanes de Guyane au sein de champs surélevés présentent les plus hautes densités d’invertébrés dans les sols enregistrées au sein des savanes tropicales. Bien que la Guyane compte plus de 700 espèces d’oiseaux, 21 espèces sont observées spécifiquement dans les savanes dont 81% sont menacées à l’échelle régionale. De plus, deux espèces de mammifères sont dépendantes des savanes, comme l’Opossum-souris nain des savanes, menacé au niveau régional. Enfin, 10 espèces de reptiles et deux espèces d’amphibiens sont également associées à ces écosystèmes. Enfin, 16% de la flore guyanaise est présente dans ces savanes guyanaises.

Les facteurs d’influence

Les incendies

Feux de savanes – Trou poisson © Anna STIER

En Guyane, il a été démontré que 62% des savanes entre Cayenne et Organabo ont brulé au moins une fois entre 2006 et 2010. Ces incendies ont lieu majoritairement durant la longue saison sèche de juillet à décembre, et peuvent jouer un rôle important dans le maintien et l’évolution de certains habitats de ces écosystèmes. Malgré l’interdiction du brûlage, des incendies illégaux intentionnels sont encore réalisés, créant ainsi des conflits entre différents acteurs sur le territoire.

Pratiques agricoles

L’agriculture moderne est considérée comme une des principales menaces qui pèsent sur les savanes dans le monde. En Guyane, des activités comme le labour ou la construction d’étangs à poissons effacent non seulement les champs surélevés mais altèrent aussi les modes de drainage. En Amérique latine, l’augmentation de projets de monoculture d’eucalyptus et de pin ou de production de riz ou de soja au sein de ces savanes ont conduit à la transformation de ces habitats et entrainé la perte des savanes. En Guyane, de tels projets d’agriculture intensive ont vu le jour dans le passé mais ont tous échoué ou été abandonnés. Actuellement, les buffles et vaches sont élevés de manière extensive mais sur des parcelles restreintes.

Les espèces exotiques envahissantes

Avancée de l’Acacia mangium sur la savane guyanaise © Anna STIER

Situées dans la zone la plus anthropisée de la Guyane, les savanes sont particulièrement exposées aux espèces exotiques envahissantes introduites volontairement ou non par l’Homme. De plus, ces savanes sont distribuées sous forme de petits patchs séparés par différents écosystèmes comme les mangroves, marais et forêts ou par des infrastructures humaines, ce qui les rend sensibles aux espèces exotiques envahissantes.

Parmi les 490 plantes exotiques enregistrées en Guyane, l’Acacia mangium et le Niaouli sont les plus inquiétantes en raison de leur distribution et de leur capacité à modifier les conditions environnementales. Dotées d’une croissance très rapide et d’une résistance aux feux, ces plantes sont prédisposées à envahir les savanes. Introduit d’Australie dans les années 70 pour revégétaliser les sites miniers, l’Acacia mangium a désormais envahi la Guyane à tel point qu’il est maintenant impossible d’imaginer une éradication complète de l’espèce. Le Niaouli à quant à lui été favorisé dans les années 70 en faveur du développement de l’industrie papier. Malheureusement, peu de recherches ont été effectuées sur l’impact de l’espèce sur le territoire.

Développement des infrastructures et urbanisation

Pressions anthropiques sur les savanes de Guyane © Anna STIER

Dans un contexte de croissance démographique et de libéralisation économique, de réformes foncières publiques et de changements politiques, fonciers et économiques, les savanes ont été grignotées par la construction de projets tels que la construction et l’expansion du Centre Spatial Guyanais, par l’installation de panneaux solaires, d’éoliennes ou encore la mise en place de routes nécessitant la construction de remblais dans ces zones inondées de manière saisonnière. La récente augmentation de constructions résidentielles en Guyane a également participé au grignotage des zones humides et des savanes.

Statuts de conservation des savanes amazoniennes guyanaises

Savane des Pères en Guyane © Florent BIGNON/LPO

Malgré les menaces pesant sur ces écosystèmes, moins de 2,2% de leurs surfaces sont sous protection réglementaire alors que leur surface a été réduite de 7% entre 2001 et 2015. De plus, 75% des savanes sont situées en Zones Naturelles d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) ce qui démontre l’importance de ces écosystèmes. Malgré tout, en 2016, le Schéma d’Aménagement Régional validé par un arrêté précise l’interdiction de certaines activités telles que la création de carrières, d’activités agricoles ou industrielles sur ces surfaces classées ZNIEFF. Enfin, 42,8% des savanes de Guyane sont présentes sur les terrains du Centre Spatial Guyanais.

Recommandations importantes

Malgré les menaces qui pèsent sur les savanes de Guyane, ces dernières restent sous-étudiées et sous-protégées. Il apparait urgent d’améliorer les connaissances à travers des recherches sur les fonctionnements écologiques, les interactions socio-environnementales et les réponses aux changements environnementaux.

Le caractère unique de chaque savane est à prendre en compte et les mesures de conservation doivent être adaptées à chacune d’elles. En effet, les savanes sont des socio-écosystèmes uniques dont les facteurs de maintien et de changement son différents d’une savane à l’autre à cause de l’historique unique de chaque patch : les mesures de conservation doivent être créées et adaptées à chaque patch de savane et devront prendre en compte les aspects historiques, culturels et sociaux en plus des environnementaux et des processus écologiques.

Les savanes amazoniennes sont différentes des savanes tropicales, ce qui doit être reconnu et valorisé afin que cela puisse débloquer des politiques de conservation adaptées. Enfin, c’est également une question des responsabilités, celle des autorités nationales et régionales dans la conservation de ces socio-écosystèmes mais également celle des scientifiques et professionnels de l’environnement qui se doivent de communiquer leurs connaissances et les informations sur les savanes de Guyane.

Pour en savoir plus :

Publication scientifique originale