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Protégeons la biodiversité menacée des Outre-mer
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Restaurer les prairies humides pour protéger le Crabier blanc !

A Mayotte, le GEPOMAY se lance dans la restauration de deux prairies humides, un habitat préférentiel  du Crabier blanc. L’objectif : empêcher le développement de certaines plantes exotiques, et permettre à la biodiversité locale de se réinstaller.

Action de restauration de prairies humides par les associations GEPOMAY, Mlezi maore et Jardin de Mtsangamouji © GEPOMAY

Les prairies humides à Mayotte

Prairie humide de la lagune d’Ambato © Florent BIGNON

Les prairies humides, inondées ponctuellement ou en permanence, sont des réservoirs de biodiversité. De nombreuses espèces d’oiseaux, d’amphibiens et reptiles, d’insectes et de plantes s’y développent, profitant de la présence de l’eau. Le Crabier blanc, oiseau emblématique de l’île, y a par exemple élu domicile. Ces habitats sont également indispensables à l’activité humaine : ils limitent les effets des inondations et des sécheresses, filtrent l’eau, et peuvent servir de zone de pâturage.

A Mayotte, les prairies humides sont menacées par notamment trois types de dangers :

  • L’invasion par certaines plantes exotiques : ces espèces parfois envahissantes étouffent la végétation locale et empêchent la biodiversité de se développer. Les insectes, les amphibiens et les oiseaux ne trouvant plus à manger finissent par déserter la zone.
  • La pollution par les déchets : les dépôts d’encombrants ou les remblais sur les prairies humides polluent les sols et détériorent à la fois la végétation et le paysage.
  • Le mauvais équilibre du pâturage : certaines zones sont sous-pâturées et les plantes problématiques y poussent de façon exponentielle. A l’inverse, certaines zones sont trop piétinées, ce qui empêche le développement de la végétation.

Les actions mises en place pour les protéger

Travaux de restauration en cours © GEPOMAY

Face au constat de la dégradation des prairies humides de l’île, le GEPOMAY a décidé d’intervenir à travers le LIFE BIODIV’OM pour restaurer ces espaces.

Une première action de restauration s’est tenue dans la lagune d’Ambato au mois d’août. Aidé de l’association Mlezi Maore (gestion des espaces verts en Insertion par l’Activité Economique) et de l’association Jardin, le GEPOMAY a organisé le retrait d’une espèce exotique envahissante : le Songe (Colocasia esculenta, classé 4/5 en termes d’invasibilité). Près de 2000 m2 ont été restaurés, soit un quart de la zone envahie.

La semaine suivante, une action similaire s’est tenue sur la prairie humide de Malamani, cette fois pour retirer notamment des pieds de Dartrier (Senna alata) et d’Acacia mangium, tous deux classés 3+/5 en termes d’invasibilité.

Suite à ces actions, des partenariats seront élaborés avec les éleveurs pour mettre en place une rotation plus régulière des zébus, afin d’éviter le sous et surpâturage. L’association Jardin et le Conseil Départemental accentueront les ramassages de déchets sur la prairie humide d’Ambato. Pour Malamani, où des remblais menacent l’équilibre de la zone, l’Office Français de la Biodiversité a pris en charge le dossier.

Le site de la prairie humide d’Ambato sera également valorisé par l’installation d’un panneau pédagogique, qui présentera la biodiversité et les services écosystémiques apportés par la zone humide.

Des partenariats multiples

Sur la lagune d’Ambato, le GEPOMAY, en tant que coordinateur à Mayotte du programme LIFE BIODIV’OM, est responsable de la mise en place des actions visant à protéger le Crabier blanc. Il coopère avec un acteur local qui intervient quotidiennement sur le site : l’association Jardin de M’Tsangamouji. Les actions sur la lagune sont donc menées par ces deux structures, et une convention a officialisé leur partenariat en 2020.

Le GEPOMAY s’associe également avec le Conservatoire Botanique National de Mascarin pour mieux connaitre les différents habitats de la lagune, notamment par la mise en place d’un réseau de placettes permanentes pour suivre l’évolution de la végétation. Au préalable, une étude phyto-sociologique a été réalisée par Vincent Boullet, un expert de la botanique de Mayotte, à destination du GEPOMAY.

La lagune d’Ambato, un site d’exception

Lagune d’Ambato © DroneGo

La lagune d’Ambato est une zone soumise à un arrêté préfectoral de protection de biotope (APB). Plusieurs acteurs de l’environnement (Conseil Départemental, Mairie, DEAL, Conservatoire Botanique, associations de protection de la nature…) participent au maintien de sa protection. Le site abrite plusieurs types d’habitats, dont une prairie humide d’environ 1,5 ha.

La lagune est connue pour sa fréquentation par le Crabier blanc. Ce héron menacé d’extinction à Mayotte s’y nourrit régulièrement et a déjà niché dans ses mangroves en 2015, 2016 et 2018. Cette année, les colonies ne se sont pas réinstallées. L’objectif des actions de restauration des milieux est ainsi de les faire revenir à Ambato.

Le Crabier blanc, espèce emblématique des zones humides de Mayotte

Crabier blanc © Gilles ADT

 Le Crabier blanc, Ardeola idae, est un petit héron au plumage marron beige strié de noir. Durant la période de reproduction, l’oiseau se pare d’un plumage blanc et un bec bleu vif. Cette espèce, très craintive se reproduit uniquement sur quatre îles du monde : Madagascar, Aldabra, Europa et Mayotte. Du fait de sa faible répartition, le Crabier blanc est classé « En danger d’extinction » sur la liste rouge mondiale (EN, IUCN) et « En danger critique d’extinction » sur la liste rouge française (CR, UICN).

Mayotte constitue le deuxième site de reproduction de l’espèce en termes d’effectifs (182 couples en 2018). Toutefois la perte et la dégradation des zones humides, des sites de reproduction et d’alimentation de l’espèce, le dérangement et le braconnage des œufs et des poussins menacent la survie de l’oiseau sur l’ile. La prédation des œufs et des jeunes par le rat est suspectée, mais n’est pas encore avérée.

Pour en savoir plus :

Le GEPOMAY

L’association Groupe d’Etudes et de Protection des Oiseaux à Mayotte (GEPOMAY) réalise depuis 2010 des suivis permettant d‘acquérir des connaissances sur les effectifs et la phénologie du Crabier blanc à Mayotte. L’association mahoraise coordonne également un Plan National d’Action en faveur du Crabier blanc Ardeola idae (2019-2023) et met en œuvre depuis 2018 un programme européen, le Life BIODIV’OM, coordonné nationalement par la LPO, et à Mayotte par le GEPOMAY. Ce programme a pour but de réduire les menaces auxquelles est confrontée l’espèce : lutte contre le braconnage, sensibilisation pour diminuer les dérangements, restauration et protection des habitats de l’espèce.